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Les funérailles de Jean Jacques Dessalines n´ont jamais eu lieu !

  • Oct 19, 2017
  • 4 min read

L'histoire d'Haïti fourmille de nombreux cas d'assassinat, de trahison et de coups bas. Les noms des accusés fusent sur toutes les lèvres mais les juges n'entendent jamais de la même oreille que le public. D'ailleurs peut-on vraiment parler de jugement ? Le corps du délit est là, les preuves sont plus que convaincantes mais faute d'un appareil judiciaire indépendant, des tractations politiques, la Cour ne peut prononcer les mots du droit.

Dessalines

Ainsi se déroule le film de notre histoire. Deux ans après avoir libéré l'esclave de St Domingue de ses chaînes et fondé

une nouvelle Nation, Dessalines fut criblé de balles, le 17 octobre 1806, et son cadavre fut jeté en pâture à la foule qui lui lançait des pierres. Selon Beaubrun Ardouin: "Les soldats lui coupèrent les doigts pour voler ses bagues de prix. Ils le dépouillèrent de ses vêtements en ne lui laissant que sa chemise et son caleçon. Ses armes, pistolets, sabres, poignards devinrent la proie des pillards."

Ce corps inanimé, mutilé, percé de tant de trous, surtout à la tête était à peine reconnaissable. On fouillait les coins et les recoins de Marchand à la recherche de fortunes enfouies. Les parents et les proches collaborateurs de Dessalines furent persécutés. Boisrond Tonnerre, le rédacteur de l'Acte de l'Indépendance, fut jeté en prison et tué à coups de baïonnette.

Le pays fut divisé en deux camps: Le Royaume de Christophe dans le Nord et la République de Pétion dans l'Ouest et le Sud. Ces deux Etats pourtant si différents par leur régime politique avaient un point commun: des deux côtés le peuple était mis à l'écart. Le Lycée Pétion dans l'Ouest était le fief de l'élite et les écoles bâties par Christophe dans le Nord étaient fréquentées par les fils des familles aisées. Les masses citadines et paysannes étaient exclues.

" Quand il fallait livrer bataille, on sonnait le rassemblement pour mobiliser le peuple. En vient-on au partage! On prend le plus que l'on peut. On tire à soi le meilleur de l'affaire et la chicane vient après" nous confesse Jules Solime Milscent, ce peintre des mœurs haïtiennes.

De 1806 à 2017, soit 211 ans après, le Drapeau Haïtien est toujours en berne, en signe de deuil pour ce peuple meurtri, vilipendé, frustré, trahi. Ce 17 octobre 2017, c'est l'occasion pour tous les Haïtiens et toutes les Haïtiennes de méditer.

Frères et Sœurs haïtiens, méditons!

Après avoir gravi ce calvaire pendant 211 ans, aujourd'hui nous avons atteint le sommet du Golgotha. Tous nos bourreaux sont là, armés de leurs pinces et de leurs tenailles pour nous clouer sur la Croix. Les assassins de Dessalines rôdent dans le décor avec leurs casques, leurs glaives et leurs boucliers.

La blague politique qui nous amusait tous, dépasse aujourd'hui les limites de la plaisanterie. Elle n'est plus drôle puisque notre vie de peuple est menacée. Déni ou cécité collective ? Nous vous invitons à observer une pause afin de nous rendre compte jusqu'où nous ont conduit notre naïveté, nos luttes intestines, nos querelles byzantines, le déchouquage permanent, notre noirisme et notre mulâtrisme ridicules et rétrogrades, nos préjugés de fortune et de classes sociales.

Après 213 ans d'indépendance, Haïti est loin d'être un pays calme. Nous avons tué notre libérateur ! Les mânes de nos ancêtres nous poursuivent. Depuis 1806 la vie politique haïtienne évolue au rythme de rivalités sanglantes entre Anciens Libres et Nouveaux Libres, Parti Libéral versus Parti National. A leurs remorques, il y a toujours des groupes armés pour semer le deuil: les Cacos, les Piquets, les Zinglins, aujourd´hui les Zinglindos et les Cocorates etc. La bacchanale occupe toujours le haut du pavé ! En marge de cette triste réalité les masses sombrent toujours dans la misère et demeurent les plus grandes victimes.

Méditons! Frères et Sœurs haïtiens, méditons!

Dessalines fut assassiné parce qu'il voulait récompenser de manière juste et équitable tous ceux qui ont rendu possible l'épopée de 1804. 213 ans après ses vœux ne sont pas encore réalisés. Au contraire, des fils prodigues nous reviennent avec la complicité de nos anciens maitres pour brûler l'Autel de la Patrie. Si le 17 octobre 1806 leurs Pères ont tué Dessalines et laissé à Défilé la Folle le soin de lui donner une sépulture, en octobre 2017 François Macchabée et ses croque-morts nous harcellent avec les mêmes oraisons funèbres pour mettre le pays à feu et à sang. Leur haine implacable les empêche de se rendre compte de la gangrène qui ronge la Nation et qui nous attire l'attention de certains vautours prêts à se jeter sur nos cadavres.

Méditons! Frères et Sœurs haïtiens, méditons!

Victime de la trahison et de l'hypocrisie de ses frères, Jean Jacques Dessalines pressentait cet assassinat et ce triste destin pour Haïti. Lors de la Proclamation de l'Indépendance le 1er Janvier 1804 aux Gonaïves, Dessalines avait fait une déclaration fracassante et prophétique. Ecoutons-le:

"Peuple Haïtien, Rappelle-toi que j'ai tout sacrifié pour voler à ta défense: parents, enfants, fortune et que maintenant je ne suis riche que de ta liberté; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l'esclavage et que les despotes et les tyrans ne le prononcent qu´en maudissant le jour qui m'a vu naître. Si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille à ta destinée me dictera pour ton bonheur, tu mériterais le sort des peuples ingrats."

Paroles de Jean Jacques Dessalines le Grand, fondateur de l´Indépendance, dans son Premier Discours, le Premier Jour de l'Indépendance. Telles sont les leçons que nous devons tirer de l´histoire d´Haïti. Les funérailles de Jean Jacques Dessalines n´ont jamais eu lieu !

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