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Les haitiens en quête d'asile au Canada

  • Writer: cggilb
    cggilb
  • Aug 5, 2017
  • 3 min read

Ils craignaient Donald Trump. Leur dernier espoir : entrer illégalement au Canada. « C'est à cause de la décision du président. Nous sommes tous là pour les mêmes raisons : nous avons peur! Et nous ne voulons pas retourner chez nous pour le moment. » Portraits de quelques Haïtiens qui se sont réfugiés récemment à Montréal.

Un texte de Vincent Champagne de Radio Canada

« Je suis encore sous le choc, c’est la première fois que je raconte mon histoire », dit James* (nom fictif). L’Haïtien de 30 ans loge depuis 24 heures au stade olympique, et c’est l’un des rares à desserrer les lèvres à l’approche d’un journaliste.

« Je suis venu au Québec pour avoir la possibilité d’avancer vers l’avant, vers l’avenir », clame l’homme qui tourne en rond autour du stade sans oser s’aventurer très loin. Il fait pourtant chaud sur les vastes espaces de béton du complexe olympique, mais il ignore tout de la ville.

Au poignet, le bracelet vert en plastique qui lui permet d’entrer et de sortir par la « porte C » du stade, fortement gardée par des gardiens de sécurité. D’autres Haïtiens vont et viennent en se couvrant le visage pour ne pas être captés par les caméras des journalistes. Les demandeurs d’asile sont tous ici illégalement.

L’avenir n’est plus aux États-Unis, où James est sous le coup d’un mandat de déportation. L’avenir n’est pas non plus à la maison, en Haïti, où « c’est vraiment difficile », se borne-t-il à dire, volontairement vague, comme s’il ne savait pas par où commencer son histoire.

« Je viens d’une famille très pauvre », dit James. Il a voulu étudier, mais c’était impossible. Il s’est engagé auprès d’un politicien qui l’a aidé financièrement à entrer à l’université en linguistique. Mais « les choses ont mal tourné ». James a été victime de menaces, et il a pris la poudre d’escampette en direction du Brésil, en 2013, avec un visa de touriste.

« Avancer », pour James, ce n’était assurément pas survivre à la petite semaine dans ce pays émergent. « Je voulais continuer à étudier », dit l'homme, qui croit alors aux possibilités du rêve américain d’Obama et bientôt, espère-t-il, d’Hillary Clinton.

Il s’embarque alors dans une aventure à pied, en autobus et en bateau à travers les Amériques. Un épisode que James ne souhaite pas vraiment raconter en détail. Il lui faudra un mois et demi pour atteindre la Californie et obtenir un visa temporaire.

Il franchit la frontière entre le Mexique et les États-Unis le 4 juillet 2016, le jour de l’Indépendance. Une indépendance qui n’est pas gagnée d’avance pour lui. L’élection américaine est sur toutes les lèvres. Donald Trump n’est pas encore le candidat désigné des républicains, mais cela surviendra 15 jours plus tard. Pour les immigrants précaires comme lui, c’est une inquiétude sourde qui mijote dans le ventre. Avec tous les propos du milliardaire sur les migrants illégaux et les menaces de déportation, qu’arriverait-il s’il était élu?

Le stade olympique accueille des dizaines de demandeurs d’asile pour répondre à l’afflux de réfugiés en provenance des États-Unis. Jusqu'à 600 personnes pourront y être hébergées d'ici l'automne. Photo : Radio-Canada/Vincent Champagne

James habite chez un oncle, en Floride. Là aussi, ça se passe mal. La tante le met à la porte. Comme son courrier de l’immigration arrive à cette adresse, il n’est pas au courant des rendez-vous auxquels il doit se présenter. C’est lorsqu’il prend l’initiative d’appeler qu’on le somme de se présenter immédiatement à la police, car il fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Entre-temps, Trump est devenu président, et l’avenir est sombre, très sombre pour James.

« J’avais vraiment peur lorsque j’étais aux États-Unis », confie-t-il. Il se cache au Maryland, chez un ami, pendant quelques mois. « Je me suis dit que, pour m’en sortir, je devais partir pour le Canada. »

C’est ainsi que, fin juillet, il prend un autobus pour New York. Et un autre pour Plattsburgh. Puis un taxi, avec d’autres Haïtiens rencontrés dans l’autobus. Le chauffeur accepte de les conduire dans un coin perdu au fond des bois. Ils traversent la frontière en quelques pas rapides, à 2 h du matin.

La police canadienne cueille le groupe à l’aube, le 26 juillet. Une semaine plus tard, après des interrogatoires et une installation sommaire dans les résidences étudiantes de l’UQAM, il se retrouve au stade olympique, en attendant un premier chèque qui lui permettra de s’installer quelque part.

James est optimiste. Il est même content d’être arrivé ici, car il a vu bien pire ailleurs. « Le Canada est un bon pays pour moi. Il donne la possibilité d’avancer, l’opportunité d’étudier, de travailler. Et c’est ma langue, le français. C’est la raison pour laquelle je suis ici. »

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