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Max G. Beauvoir: Le Vodou se donne un maître(25 août 1936-12 septembre 2015)
Par Marc Lacey, Publié le 03/09/2008
CULTURE-- SOCIETE--SOCIETY
Grand, d’allure majestueuse, le cheveu blanc crépu, Max Beauvoir a été nommé en mars dernier
“ati national” [maître suprême et/ou guide spirituel], un titre récemment créé pour donner un nouvel
essor à la religion vaudoue. Sa vaste demeure, située à la périphérie de la capitale haïtienne, est à
la fois un temple pour les adeptes de cérémonies vaudoues et une attraction touristique pour les
curieux prêts à s’initier à des rituels spirituels et exotiques en échange d’espèces sonnantes et
trébuchantes.
C’est dans ce temple – le Péristyle de Mariani – que Max Beauvoir et ses fidèles dansent au son
des tambours autour d’un totem géant, qu’ils allument de grands feux pour attirer les esprits et qu’ils
répandent le sang de divers animaux (chèvres ou autres) pour soigner maladies et autres maux.
Nous avons assisté il y a quelques jours à l’une de ces nuits de ferveur. La musique était
assourdissante et les participants se livraient sans retenue à la danse. Au bout d’un moment, nous
avons vu deux enfants lancer des pétales de roses blanches sur un tapis rouge. C’est alors qu’est
apparu Max Beauvoir. La cérémonie pouvait commencer.
Quoique populaire en Haïti – même parmi les chrétiens pratiquants –, la religion vaudoue ne
dispose pas de la même hiérarchie officielle que les autres grandes confessions. La plupart des
prêtres vaudous, que l’on appelle hougans, opèrent de manière semi-indépendante en répondant
aux besoins de leurs disciples en dehors de toute véritable structure. Mais la plupart des hougans
ont fini par se regrouper dans une fédération nationale et ils ont choisi Max Beauvoir pour les
représenter. Cet homme de 72 ans est donc maintenant le porte-parole officiel de cette religion
fréquemment dénigrée, qui a grand besoin de renouveler son image. (Souvenez-vous de la formule
“voodoo economics”, utilisée par George Bush père pour critiquer la politique économique de
Reagan.)
Avant d’être promu “ati national”, Beauvoir jouait déjà un rôle essentiel : il animait notamment le site
Internet www.vodou.org et avait réussi à attirer parmi son auditoire une foule d’étrangers intrigués
par la culture vaudoue. Il n’en était pas moins critiqué par certains puristes pour son goût du
spectacle. “Ma nomination au poste de guide suprême répond à une situation de crise”, explique-t-il
en rappelant l’hostilité des élites haïtiennes, qui ont réussi, au fil des années, à marginaliser les
hougans, autrefois très influents. “Aujourd’hui, les prêtres vaudous sont au bas de l’échelle sociale.
Ils sont presque tous analphabètes. Ils sont pauvres, ils ont faim. Il y a des gens qui se nourrissent
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9/12/2015 MAX BEAUVOIR. Le vaudou se donne un maître | Courrier international
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de boue, et je ne parle pas au sens figuré.”
Fils de médecin, Max Beauvoir n’était pas vraiment attiré par la spiritualité dans sa jeunesse. Après
avoir quitté Haïti au milieu des années 1950, il a étudié la chimie au City College de New York, puis
à la Sorbonne, où il a obtenu un diplôme de biochimie [il est également docteur en biologie]. Après
avoir enchaîné plusieurs petits boulots dans la région de New York, il est retourné en Haïti au début
des années 1970 pour effectuer des expériences sur les remèdes traditionnels à base d’herbes.
C’est alors qu’il a reçu l’appel du vaudou.
Son grand-père, presque centenaire, était mourant et toute la famille s’était réunie à son chevet.
Juste avant de s’éteindre, le vieil homme pointa son doigt sur Max et lui ordonna de prendre sa
suite en tant que prêtre vaudou. Beauvoir n’en revenait pas : il n’était pas proche de son grand-père
et ne parvenait pas à comprendre pourquoi il avait été choisi parmi la vingtaine de membres de la
famille présents. Et, surtout, il ne savait presque rien de la religion vaudoue.
C’était il y a bien longtemps. Depuis, Max Beauvoir a consacré sa vie à l’étude de cette religion,
mélange de christianisme (les esclaves s’en servaient pour cacher leurs pratiques païennes à leurs
maîtres) et d’animisme africain. Et plus il en apprend sur le vaudou, plus il est convaincu que cette
religion peut – doit – jouer un rôle dans la résolution des problèmes de l’île, notamment en raison
de son influence chez les populations les plus défavorisées.
“On a tendance à penser que le vaudou haïtien est pratiqué de la même manière à Cuba, au Brésil
ou en Afrique. Mais la tradition du vaudou haïtien est une construction unique, qui recouvre la
culture et l’esprit du peuple haïtien”, expliquait-t-il dans un entretien au magazine haïtien Le
Nouvelliste le jour de son intronisation. “Notre vaudou est composé d’esprits indiens, d’esprits
africains et d’esprits haïtiens. Bien que le mot vaudou soit un mot africain qui désigne le grand
esprit de Dieu, cette culture traduit pour nous une réalité profondément haïtienne. Notre approche
est haïtienne, nos structures font une place à tous les esprits qui constituent la nation haïtienne,
dans sa dimension historique.”
L’actuel gouvernement d’Haïti recherche l’appui des autorités catholiques et protestantes pour
tenter de résoudre les problèmes sociaux. “Mais est-ce qu’ils font appel aux prêtres vaudous ?”
demande Beauvoir en secouant la tête. Haïti a longtemps été une terre de conquête pour les
missionnaires chrétiens, qui considèrent la religion vaudoue comme un culte diabolique et œuvrent
avec acharnement à convertir la population. Comme le christianisme, la religion vaudoue est
monothéiste, mais elle comprend des éléments païens inacceptables pour les chrétiens, comme
l’usage de sorts lancés contre des personnes, ainsi que la vénération d’esprits considérés comme
les plus importantes forces de l’univers.
Pour inverser la tendance, les prêtres vaudous ont compris qu’ils avaient besoin de s’organiser et
de répondre aux critiques de leurs adversaires. “Nous avons décidé de nous rassembler pour
donner une structure à la religion vaudoue, explique Beauvoir. Nous, Haïtiens, voulons avancer
dans la vie. Nous devons renouer avec notre identité, et notre identité est vaudoue. Cela fait partie
de notre conscience collective. Nous pensons que le gouvernement actuel s’appuie trop sur les
étrangers, pour s’en mettre plein les poches.”
Le vaudou et la politique ont toujours fait bon ménage en Haïti, où certains anciens dirigeants
9/12/2015 MAX BEAUVOIR. Le vaudou se donne un maître | Courrier international
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n’hésitaient pas à faire appel à des hougans pour mieux asseoir leurs campagnes démagogiques.
Beauvoir s’est lui-même associé à Jean-Claude Duvalier, dit “Baby Doc”, le dictateur qui a fui le
pays en 1986 après un soulèvement populaire. Le futur chef vaudou s’est ensuite opposé au
pouvoir de Jean-Bertrand Aristide, ce qui lui vaut encore aujourd’hui la haine tenace des partisans
de ce dernier. Dans son livre The Rainy Season : Haïti since Duvalier, publié en 1989, l’écrivain et
journaliste Amy Wilentz a d’ailleurs brossé un portrait peu flatteur de Max Beauvoir, qu’elle compare
à un opportuniste profitant de la faiblesse des gens et dont “l’attitude malsaine vous dissuaderait de
lui confier votre argent ou votre enfant”.
Beauvoir balaie ces critiques d’un revers de la main, mais reconnaît avoir reçu plusieurs menaces
de mort de la part d’adversaires politiques au milieu des années 1990. Inquiet pour sa sécurité,
mais aussi pour celle de sa femme et de ses deux filles, il a même quitté Haïti pour s’installer à
Washington, où il a continué à organiser des cérémonies vaudoues dans son appartement, non loin
de la Maison-Blanche. Récemment rentré en Haïti, il n’a tardé pas à se retrouver sur le devant de la
scène.
Quant aux responsables politiques actuels, il éprouve pour eux un sentiment de détestation que
certains lui rendent bien. “Ils ont été séduits par l’Occident”, dit-il à propos de la nouvelle classe
politique haïtienne. “Ils croient qu’ils doivent penser comme les Occidentaux. Ils ont peur de ne plus
rien recevoir d’eux s’ils ne luttent pas contre l’influence vaudoue.”
L’industrie cinématographique est une autre source d’irritation pour le hougan Beauvoir. Il sait de
quoi il parle, lui qui a collaboré avec l’anthropologue Wade Davis à son étude sur le vaudou, plus
tard publiée sous forme de roman, The Serpent and the Rainbow, et adaptée au cinéma [L’Emprise
des ténèbres, réalisé par Wes Craven en 1988]. Mais, sur le grand écran, les zombies sont
devenus d’horribles monstres. Rien à voir avec les sujets obéissants de la science vaudoue
auxquels il croit. “L’influence de Hollywood dépasse les frontières des Etats-Unis, dit-il. Elle est
partout. Comparée à elle, la voix de Max Beauvoir est bien faible.”
[Max G. Beauvoir avait 79 ans à sa mort]
Autres liens de référence sur Max G Beauvoir:
-
Lacey, Marc (4 April 2008). "New head of voodoo brings on the charm". The New York Times. Retrieved 15 September 2011.
-
Max Beauvoir, King, but of Grand Voodoo Priests, Ordinary Voodoo Priests"
-
US application 3981867, Max G. Beauvoir, "Process for obtaining sapogenin particularly hecogenin from plant material such as agave sisalana leaves", published 21 Sep 1976.
Max G. Beauvoir,
25 aoû5 1936-12 septembre 2015





