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Economie-Finance

The Truck That Went BY… ou  La Vérité selon… Jonathan M. Katz

En Guise d’Editorial

Ghislaine E. Auguste, MD

Le vice-premier coréen vante l'économie de son pays au reste du monde en mai dernier ​à Londres

La question pèsera toujours, semble-t-il sur Haïti et les Haïtiens : pourquoi après avoir reçu plus d’un milliard de dollars, il y a encore des pauvres Haïtiens vivant sous les tentes ?  Pour tous ces prétendus bienfaiteurs et les supposés concernés, la réponse est claire, au delà d’aucun doute.  Le gouvernement, renommé pour sa corruption, a tout englouti.  Cependant, si on prenait le temps de bien analyser les faits, une toute autre vérité verrait le jour.

Entre en scène, Jonathan M. Katz.  Diplômé de Northwestern University, il a été un correspondant de l’Associated Press pendant sept ans. Basé à Port-au-Prince, il venait juste de boucler trois ans et demi en cette affectation, quand l’impensable se produisit.

Ainsi, Mr Katz se trouve dans un rôle de témoin privilégié du tremblement de terre du 12 janvier 2010.  Sorti de justesse de sa maison écroulée, il se débrouille dans le chaos qui règne pour transmettre les images et l’information.  Victime du syndrome de stress post traumatique, il laisse Haïti pour des sessions de psychothérapie. Mais, heureusement, il revient. Il est spectateur de scènes qu’il n’arrive pas à accepter.  Alors, il écrit un livre.

Ce livre : The Big Truck That Went By… » commence par une esquisse de l’Histoire d’Haïti « Made in USA », un survol de toutes les ingérences étrangères, chaque ami, allié ou donateur veillant sur ses intérêts personnels, la destruction de l’agriculture par l’éviction des barrières douanières au nom de la mondialisation, la destruction des porcs créoles, l’embargo et ses effets néfastes etc.…

Nous voilà donc dans les premières 48 heures qui suivirent le séisme, le président des Etats Unis d’Amérique promettait de l’aide, le monde ému donnait. Mais on ne voulait pas donner au gouvernement. Une armée d’ONG nous tombait sur le dos, toutes les organisations sans frontières avaient une succursale en Haïti.

Le président haïtien dut jeter l’alarme : La Nourriture existait. On avait besoin d’aide pour la véhiculer vers les marchés.  De l’eau, il y en avait même trop.  Les installations de purification sont légions. Les remettre en action était un jeu, mais il a fallu acheter 120 000 gallons d’eau Fidji et balancer la nourriture importée du haut d’un hélicoptère comptabilisant la location de l’appareil, le salaire du pilote, le prix du carburant etc. pour les déduire de « l’Aide. »

Vers Février, le désastre commençait. L’aide n’arrivait pas. Vous pouviez avoir tout perdu mais si vous n’étiez pas dans une cité de tentes, vous n’existiez simplement pas. Les Haïtiens n’étaient pas consultés sur leurs besoins. Les projets étaient gérés par et pour les experts (maison, voiture tout terrain, chauffeur, cuisinier, interprète etc.) et très, très peu arrivait aux Sinistrés.

Le 31 mars 2010 se tint à l’ONU la conférence des donateurs. Le mot non prononcé était corruption. Au nom de la transparence, on ne pouvait confier l’argent aux Haïtiens.  Comme l’a dit Mr Bellerive, « le gouvernement haïtien ne reçoit pas l’argent qui va aux ONG. Il ne peut indiquer les priorités mais il est responsable de la dilapidation des fonds ».

Il faut envisager d’autres voies :

A-     l’argent promis n’est pas donné

B-   On annule une dette à la hauteur de l’argent promis

Dans l’un ou l’autre cas vous ne recevez rien

Un Comité Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) fut constitué, regroupant 11 Haïtiens et 12 étrangers sous la présidence de M. William J. Clinton.  Les réunions furent… difficiles pour les Haïtiens. Ils étaient des figurants sans voix au chapitre. Les experts étaient les étrangers. Même s’ils n’avaient que trois jours en Haïti, ils étaient les experts, ils avaient l’argent, ils avaient le pouvoir de décision.

Les Haïtiens voulaient une reconstruction globale qui puisse renforcer l’autosuffisance et la souveraineté nationale.  Les Haïtiens eurent un temps d’audience mais ils ne furent pas entendus. Les ONG continueraient à diriger.  La construction du camp Corail dans un endroit isolé « quasi en dehors » sans possibilité de travail ou d’approvisionnement défiait toutes les normes d’urbanisme.  Les ONG refusaient de travailler avec les officiels et ils ne s’entendaient pas non plus entre eux pour créer des zones d’influence et couvrir le territoire affecté.

L’aide continuait au compte-gouttes. Pour résumer, M. Katz, citant les statistiques et les investigations, nous apprend que 93% de cette Manne revenait à l’ONU ou à l’ONG pour payer les fournisseurs et le personnel sans jamais laisser le pays donateur.  On avait exigé des Haïtiens la transparence et on leur avait refusé l’usage des fonds.  Cependant 6% du pactole ne purent être justifiés.  Seulement 1% passa par les officines gouvernementales.

Le secteur privé haïtien n’obtint que des miettes. Sur un milliard de dollars de contrat octroyé par les USA, les industriels haïtiens n’ont décroché que la bagatelle de $ 4.8 million alors qu’un seul entrepreneur israélien obtenait un contrat de $7 millions pour fournir des buildings préfabriqués aux Marines pour leur mission en Haïti [page204].           

Durant le mois d’Aout, les officiels américains [défense et sécurité]   ont dépensé pour Haïti 165 millions de dollars dont un million de dollars par jour pour le navire hôpital qui a passé un mois dans le port ; 3.6 millions sont allés aux Gardes-côtes pour réparer leurs Helicos. ; 16.7 millions n’ont pu être retracés.  36.8 millions ont été dépensés en chambre d’hôtel et en repas, pas en Haïti mais à Santo-Domingo, à Tampa Bay et à Washington ; enfin $ 50,000 ont   été alloués pour l’entretien des ascenseurs en Haïti [ ?] ; $194,000 dépensés en matériel photographique et vidéos.

La Croix Rouge américaine a reçu 486 millions. Comme l’organisation ne disposait pas des structures nécessaires pour des projets à long terme, elle repassa une partie des fonds à d’autres ONG qui ont prélevé leurs frais de fonctionnement.  Enfin une bonne partie de l’argent promis n’a pas été décaissée ; les deux plus gros contributeurs USA et Venezuela ont délivré moins d’un 1/5 ème du montant promis.

Puis le cholera frappe. Dans les possibilités d’épidémie évoquées, le CDC avait nettement écarté celui-là [il n’y a pas d’endémie dans les Caraïbes].  En visite à Meille, le reporter photographie les canalisations cassées en provenance du camp onusien, déversant une substance noirâtre à odeur fétide. Les gens de la localité lui montrent des mares de déchets humains où pataugent des animaux.  Les experts des Nations Unies ont tenté toutes les dilatoires possibles. Mais la Mission du professeur Piarroux demandée discrètement par M. Préval a conclu que la souche était népalaise et que le premier cas était originaire de Meille légèrement plus bas que le campement népalais [près de 8000 décès actuellement].

Le livre est une mine d’information, de clichés, de petites histoires mêlées à la grande. Parfois une clairvoyance inattendue sur les effets de la politique américaine sur notre destin. Jonathan Katz plaide pour la notion de commerce équitable introduite par certains Européens.  Deux ans après, Katz fait un bilan. Les camps sont évacués progressivement bien que certains essaient de se faufiler d’un camp à un autre, les changements dans la politique haïtienne…  

Tout n’est pas vérité, ni parole d’évangile.  Cependant ce document ouvre une fenêtre sur une réalité que beaucoup de nous soupçonnaient, mais que les étrangers déniaient. Et pour cause… Prenez le temps de bien lire « The Big Truck That Went By » pour lequel M. Katz a reçu en 2010 la Médaille « for Courage in Journalism » et en 2012, il a été Lauréat du prix « J Anthony Lukas Work in Progress. »  Souvenez-vous que pour une ONG donnée :

93 % de l’aide retourne au pays donateur

6% de l’aide ne peut être justifiée [unaccounted for]

1% passe par le gouvernement haïtien

Sommes-nous vraiment responsables de la non-reconstruction du pays !

Réfléchissez !

 

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